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Introduction du livre Les cent plus bêtes
Un soir, devant le refuge, tandis que j’écoutais un quatuor de marmottes, une très jeune fille m’a rejoint. Elle semblait connaître le monde fou qui nous entoure, et m’a expliqué des choses étranges. Figurez-vous que de brillants instruits travaillent sur des langues depuis longtemps oubliées. Après de longues années d’études, des étagères complètes disséquées, de grands colloques spécialisés, ils arrivent à émettre l’hypothèse suivante : « Beethoven » ne signifierait pas « ferme aux betteraves », comme on l’a longtemps cru, mais « jardin de bouleaux ». Autorisez-moi à penser que ces rongeurs de bibliothèque feraient bien de s’aérer le cerveau. Quel peut bien être le rapport entre une bagatelle pour piano en ut majeur, et un tas de betteraves, qu’elles soient cuites ou crues ? L’étymologie, puis la toponymie, me seront vraiment sympathiques le jour où leurs adeptes nous renseigneront sur la véritable origine des mots. Ainsi, l’arrièrearrière- grand-papa du compositeur a-t-il été surnommé ainsi, car son voisin estimait qu’il abattait du bon boulot ? La princesse Kinsky, à qui il a dédicacé « Kennst du das Land », n’aimait-elle pas le ski ? Sa première sonate pour piano en sol mineur était-elle dédiée à un copain carrier ? Les Alpes, comme toutes les autres contrées du monde connu, regorgent de noms qui ont, un beau jour, été figés sur une carte. Par qui ? Comment ? La forêt de Gargamelle dans le bois de Chambaran n’a-t-elle pas été un jour schtroumpfée par un géographe hilare ? Le sommet de Montfromage, en Chartreuse, n’a-t-il pas été nommé ainsi par un moine repu après une messe arrosée ? Que dire de la tête du Caneton à côté du col du Canard dans le massif des Écrins ? Le militaire géographe a-t-il réalisé une enquête de voisinage pour connaître le nom attribué par les chasseurs du lieu ? Ou l’a-t-il inventé avec la fille du tavernier chez qui il séjournait, sous-payé et loin de sa famille ? Ce dont nous sommes certains, c’est qu’un beau jour, un mot a été choisi, et que de consciencieux fonctionnaires l’ont repris et repris au fil des années, puis des siècles. Les lieux n’ont pas bougé, les noms sont restés les mêmes, tandis qu’autour, notre langue vit et meurt. Une « fesse » d’antan n’est plus une « fesse » d’aujourd’hui. Ah bon ?
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