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Runner's world (Pays-Bas) :
Armée d'aujourd'hui :
L'exploit d'un coureurDans un coin de sable, 229 concurrents quittent leur bivouac. Ils sont jordaniens, américains, espagnols, irakiens, français... Autour d'eux le monde a du mal à tourner. Par terre du sable, autour, loin, d’immenses murs tapissés du dessin du temps, signé par le vent. C’est le Wadi Rum, le désert de Lawrence d’Arabie. Un toit uni, bleu, bleu plomb, irradie la foule. Des haut-parleurs encouragent à la guerre, la guerre contre son corps ! 168 km au nord se situe la cité nabatéenne de Pétra. A la sortie du siq, le défilé qui serpente dans la roche sculptée, une immense arche gonflable marque l'arrivée. C’est le but de tous les participants de cette seconde édition de la Desert Cup en Jordanie. L'eau est fournie, mais pour le reste, chacun sera autonome : nourriture, vêtements, sac de couchage, trousse de secours... L’an dernier, Olivier, en tant que sponsor, trépignait au départ. Aujourd’hui, il est l’un de ces drogués, venu chercher leur endomorphine. Sac au dos, gourdes en bandoulière, il avance lentement. Les 100 premiers kilomètres sont de sable et son regard fatigué cherche à le décrypter. Sa couleur, son reflet, les empreintes des véhicules ou des concurrents. Tout est indice, pourtant il faut souvent se résoudre : aucune option de trajectoire ne permet d'éviter cette foulée lourde dans ce monde meuble. Olivier Faure arbore fièrement un bandeau de sa compagnie « Jordan Télécom », pourtant, il n’y a pas si longtemps il sortait de Saint Cyr. Sa 6ème place lui permettait d’espérer une belle carrière et durant 10 ans il se passionne pour son métier des armes. Mais en 1991, il a 29 ans, est capitaine et veut du « nouveau ». Où ? Quoi ? Il n’en sait rien, pourtant il annonce son départ. Ce sera pour une filiale de France Telecom tournée vers l'international. 5 ans à Paris, 3 ans en Espagne puis maintenant, Directeur Vente, Marketing et Communication à Jordan Telecom (35% de son capital appartient à France Telecom). Il cherchait les responsabilités, il est servi, 1500 personnes sont maintenant sous ses ordres ! Quand on parle de reconversion réussit, il sourit : "L'important, c'est surtout que je fais ce qui me plait". Avant de quitter la Jordanie, dans 6 mois ou un an, il profite du pays et en ce moment, aussi, il est servi ! L'immersion dans l’océan minéral noie les pensées. L'esprit divague. Pourquoi cette impression subaquatique ? Peut-être le manque d'échelle ou la transparence de l'air qui rapproche les éléments comme une eau claire à travers un masque. Le coureur aspire de tout son cœur cet oxygène bienfaiteur comme il le ferait dans un détendeur. Un courant violent et c'est l'eau salée qui attaque la gorge, non, il s'agit du sable projeté par le vent. Retour sur terre. Avec ces 12 heures de travail journalier, Olivier n’a pas laissé beaucoup de place à son entraînement. On le sent un peu nostalgique. "Je suis surpris de ne pas voir de militaires. C'est pourtant typiquement une épreuve pour habitués des raids de l’armée : endurance, conditions difficiles. J'en garde un lourd souvenir..." La nuit tombe. Le désert disparaît, la fraîcheur apparaît. Devant, un italien et deux jordaniens étirent la course avec une ardeur arrogante. La lumière des frontales est avalée par le néant. De temps en temps un panneau assure la trajectoire, pas question de s'arrêter. Pourquoi pas en fait ! Non, ce serait faillir à ses promesses. D'autres, moins ambitieux, profitent des tentes bédouines aux check points pour s'enfiler dans leur duvet, 30 minutes, 1 heure ou beaucoup plus. On maudit alors ce couchage choisi pour son faible poids. Le froid est vif au point de compter d'une seule main les degrés au-dessus de zéro. Demain, il faudra suivre le serpent minéral qui trace sa route en direction de Petra. Le sol devient dur, les corps aussi. Les ampoules s’animent dans des chaussures devenues trop étroites. Au loin, la Palestine étale sa sec pauvreté. Plus près, un bédouin tente de diriger la herse tirée par deux fidèles ânes. A quoi bon ? Sous la pierre, encore la pierre. Ici, rien n'a jamais réellement poussé, sauf peut être l'ennui… L'organisation de la Desert Cup demande aux concurrents leurs objectifs horaires. C'est à partir de cette base que le nombre de repas à emporter est imposé à chacun des coureurs, son dépassement entraîne des pénalités. Olivier avait fixé son objectif à 48 heures mais il espérait terminer en 40 ou 45 heures. Peu après le second des treize Check-Point, il revoit ces prétentions. La course est dure : le sable, le dénivelé, le froid agressif des nuits, le soleil cuisant des jours. Il mettra 48 h 15 mn en dormant 3 fois deux heures. Un temps qu'il juge "pas trop mal". "A partir du 15eme kilomètre je me suis retrouvé avec Jacques, un autre concurrent. C'est vachement précieux, déjà c'est dur, alors tout seul ce doit être encore pire !" Il n'a pas vraiment couru. Un peu les premiers kilomètres, quelques fois après, jamais la nuit. "On se rend compte que l'important c'est d'arriver. Alors, c'est con de se cramer. J'étais « limite, limite » le second jour au point que je devais avancer à 1km500 à l'heure. C'était une heure du mat., je n’arrivais plus à m'alimenter. Il faisait très froid." Il avoue qu'il a oublié les bons principes militaires. "J'ai géré ça comme une course et non comme un raid. J'avais un avantage car je connaissais le terrain, donc au niveau équipement j'étais au point. Mais j'ai fait deux erreurs en terme d'alimentation : pas de chaud, pas de salé !". Le gagnant de l'épreuve n'a pas du, lui non plus, manger beaucoup de soupes chaudes. Son temps : 20h19mn38s, mais ça c'est une autre histoire...
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