• Publications • Informations • Photothèque •

clichés et  textes  pour publication

  photos and texts for publishing -Contact :

contact

Jipet

 

Galerie photo !

Le troisième élément

        

Parution dans le magazine Vertical-1998

Faut il ou non inclure une cotation d'engagement dans les voies montagnes ? " Cette question de fin de siècle ne va t-elle pas être engloutie dans un passé archaïque à l'aube du prochain millénaire ? Un nouvel élément ne va t'il pas surgir du ciel et remettre en cause des années de réflexion ?

Hertz ou pas hertz ! Là sera la question !

Jusqu'à présent, l'isolement était un critère non négligeable dans l'engagement d'un itinéraire. Mais la démocratisation de la communication en montagne est proche et l'isolement ne sera bientôt plus qu'une donnée virtuelle. Faudra t'il prévoir une cotation à trois chiffres : la difficulté, l'engagement direct (chute mortelle, ...) et l'isolement ? (Ce critère n'étant à prendre en compte que pour les puristes non équipés de moyen de transmissions).

Je n'ai pas de réponse, mais ce qui est sûr c'est que les communications en montagnes vont pas mal évoluer dans un futur proche, tant pour l'alpinisme que pour les autres pratiques sportives et que l'utilisation de la téléphonie mobile est un sujet sensible.

Il suffit de lire vos témoignages (voir plus loin) pour imaginer les futurs débats à la chaleur des refuges...

La réalité d'aujourd'hui est un cliché : un gars qui parle dans une radio debout sur un rocher est respecté comme un pro, le même qui téléphone avec un portable derrière le refuge, on ricane... Tout le monde l'imagine disant " Allo maman, ici Dédé. La soupe est bonne et il fait beau ". Peut-être le dit il ou peut-être prévoit-il une navette ou rassure t-il sa femme hyper angoissée.

" - il n'a qu'à changer de femme ! (Jojo - 44 ans - alpiniste célibataire et barbu)

- elle est super canon. (Antoine - 39 ans - mannequin de refuge)

- Ah bon... (Jojo) "

Quelle importance en fait ? L'argument communément admis pour accepter l'intrusion d'un mobile dans un sac à dos, est uniquement celui de la sécurité. Mais n'est-ce pas un leurre à notre bonne conscience et une excuse pour les copains ?

De toute façon nous n'y couperons pas, aussi, mes " amish ", tachons de nous faire une raison. D'après l'ART (L'Autorité de Régulation des Télécommunications ), fin 2002, nous serons entre un tiers et la moitié de la population française à être équipé, contre 12% aujourd'hui. Il est donc probable que de nombreuses cordées sonnantes et trébuchantes parcourront nos montagnes.

Ma mère, furieusement intéressée par trois autres éléments essentiels à mon existence : où je suis, quel temps il y fait et ce que je mange, souhaiterais bien m'installer un émetteur sur le haut du sac. Mais lequel ?

La faiblesse de la couverture actuelle des massifs montagneux est le principal frein à la franche apparition des téléphones portables. La technologie utilisée repose sur un réseau constitué de milliers de cellules de quelques m2 à plusieurs km2. Chaque cellule est couverte par l'intermédiaire d'une antenne (qui peut émettre jusqu'à 25 km), l'ensemble formant un gigantesque nid d'abeille. Chacun sait que les abeilles n'aiment pas l'altitude, et même si la proximité de station de ski ou l'installation d'antenne spécifique montagne, comme à l'aiguille du midi, permet de communiquer, il ne faudra pas compter sur la téléphonie cellulaire pour obtenir un réseau alpin digne de ce nom.

Les opérateurs tentent pourtant de persuader les foules par une couverture marketing beaucoup moins onéreuse, à grand renfort de photos de natures peu crédibles. Dans la réalité Itinéris est en tête devant SFR puis Bouygues. Ce dernier utilise une fréquence de 1800 Mhz avec un réseau dérivé de la norme GSM*, le DCS. Cette fréquence s'affaiblit rapidement, ce qui présente des inconvénients dans les zones montagneuses et de bien plus gros investissements (Bouygues pourra bientôt émettre sur 900 Mhz comme ses concurrents).

Il semble que depuis tous les sommets du massif de Belledonne il soit possible de téléphoner, comme dans le massif du Mt-Blanc (versants nord et ouest) ainsi que depuis tout le versant des Aiguilles qui regarde Chamonix; sur Argentière, c'est plus aléatoire et dans le massif de l'Oisans ça ne fonctionne pratiquement pas. Dans le secteur du village de La Grave, Itineris passe, SFR ne passe pas, dans la face nord de la Meije, pas de porteuse, le Dôme des Ecrins est joignable à mi-pente... La couverture en Tarentaise est globalement correcte, mais les massifs de la Chartreuse et du Vercors ne sont pas couverts.

"Tu jugeras Maman, de l'opportunité de m'équiper d'un portable dans la configuration actuelle, même si déjà de nombreux guides lui font confiance."

Inutile de changer votre abonnement pour un opérateur mieux implanté dans votre région de prédilection. D'après le cahier des charges GSM, les réseaux concurrents devront bientôt être accessibles si la zone n'est couverte que par celui-ci ! (Accord de Roaming)

Le gain de temps dans un accident est primordial, pour une avalanche, c'est déterminant. Aussi, même si la course n'est pas couverte, profiter d'une heure de moins en vallée est loin d'être négligeable.

Pour les médecins chamoniards " la réduction de morbidité de l'alpinisme dans le massif ne semble plus dépendre que de deux facteurs : la démocratisation des moyens d'alerte et une meilleure observance des règles simples de sécurité. "

Les professionnels du secours sont clairs. Tous les moyens d'alertes sont bons même si chacun à ses avantages ou ses inconvénients. Le nombre d'appel provenant de cellulaire est encore marginal, mais en constante augmentation, surtout après les périodes de Noël et les fêtes des pères et mères...

Récemment, un alpiniste est mort à l'angle de la mer de Glace (sous le Moine) ; le dernier appel que le malheureux a tenté d'établir a été le 112, sans succès...

Ce numéro européen de secours, quand il " passe ", est intercepté par le CTA le plus proche (Centre de Traitement des Appels) Pour la Haute-Savoie, c'est le CTA d'Annecy qui gère tous les appels : police, gendarmerie, SAMU, pompiers. Dans d'autres régions ce peut être directement les gendarmes ou d'autres organismes. En Oisans, par exemple, le 112 sonne à Gap... Ensuite les renseignements sont transférés vers le centre de secours en montagne couvrant la zone de l'accident. Le 112 à l'avantage d'être commun à tous les massifs, cependant , même si les CTA prêchent pour leur paroisse et sont parfois mieux équipés en transmission (ils peuvent entre autres transférer directement la communication à l'hélico), les centres de secours en montagne tel que le PGHM, préfèrent des appels à leurs numéros directs : un intermédiaire évité au profit d'un interlocuteur spécifiquement formé au secours montagne, connaissant parfaitement le massif et assurant lui aussi une veille 24/24. D'après le PGHM (Peloton de Gendarmerie de Haute Montage) de Chamonix " Les gens sont de plus en plus néophytes, et ont donc beaucoup de mal à se localiser pour dire où ils sont. Avec des anglais qui étaient coincés un soir, il a fallu une très longue conversation pour comprendre qu'ils étaient au sommet du triangle du Tacul. "...

Même si les problèmes d'encombrement de réseau sont rares en montagne, il faut tout de même noter qu 'en cas de saturation, le 112 est un numéro jugé prioritaire pour le contrôleur d'accès de la station réceptrice (le machin avec une antenne qui reçoit votre signal).

Les publicités vantent les bienfaits du mobile dans les situations qualifiées de " délicates ". Jugez en : clavicule cassée sur piste, crevaison d'un véhicule SAMU (vide) et panne sur voie express. Mais , heureusement, Christelle avait un portable " Si cela m'était arrivé en rase campagne...je n'ose imaginer le pire ". Les professionnels ne sont pas inquiets de cette incitation à la sur-assistance. Ils ne notent pas vraiment plus d'abus et s'estiment capable de juger de la gravité de l'appel de Christelle avant d'enclencher les secours ! L' Adjt Deltinger du CTA Annecy note même que " Les professionnels de la montagne, et même ceux qu'on peut appeler les montagnards l'utilisent bien et nous sommes très favorables. " Pourtant, cet été, le PGHM de Chamonix a recu de nombreux appels via le portable. La plupart du temps c'était pour de fausses alertes ou pour des évacuations quasi de convenance (" J'ai appelé parce que j'avais peur de tomber à la descente "(sic)). Les vrais accidentés, dans les voies engagées (Verte, Jorasses, Dru...) n'avait pas de moyens de communication...

Si vous souhaitez une couverture digne de vos ébats, pour l'aube de ce prochain siècle qui risque d'être long, il faut compter sur les transmissions radio.

Non pas celles des talkies-walkies, ces jouets (homologués) pour adultes d'une portée réduite (2 km) que l'on commence à voir surgir, mais celles des " réseaux professionnels ".

Non seulement les massifs alpins " majeurs " sont couverts (excusez-moi amis pyrénéens), mais en plus ils offrent des fonctionnalités beaucoup plus proches des besoins montagnes :

- appels aux secours sur un réseau veille 24/24 (comme le 112 ou le 18),

- possibilité de liaisons directes avec les sauveteurs (hélico),

- possibilité d'appel général, permettant ainsi une entre-aide d'autres cordées.

Comme le dit Philippe Buyle du réseau Oisans-Ecrins : " La qualité des dialogues n'est pas du tout la même entre un téléphone et une radio. La radio est beaucoup plus performante pour une utilisation opérationnelle. "

Mais à quel prix et pour combien de temps ? Chaque région a développé ces réseaux que l'état n'a pas encore jugé bon d'homogénéiser et de prendre à sa charge !

Ainsi, sur Chamonix, c'est la ville et la préfecture qui finance, sur la Vanoise ce sont les communes, dans le Dauphiné, le conseil général puis le CAF et en Oisans une association de professionnels. L'Ubaye cherche encore des dollars et les Pyrénées ont du mal à trouver la dynamique nécessaire.

Pourtant, sur les alpes maritimes, c'est bien le ministère de l'intérieur qui a financé les relais. Ils servent aux CRS de Nice mais les guides du Mercantour y ont tout de même accès.

Déconcertant, car partout le même besoin : secourir les touristes, un devoir pour ces régions.

D'aucun diront qu'une gestion associative est le prolongement de ce que faisaient les anciens : solidarité et entre-aide. Mais la gestion d'un réseau serait elle une fonction moins régalienne que la réalisation des secours ?

D'autant plus que l'on ne se gêne pas pour le réquisitionner (cela à été le cas lors d'un tour d'Italie qui passait en Oisans), pour l'utiliser (avalanche des Orres par exemple) et, ultime mesquinerie, pour en prélever des taxes comme à une classique fréquence taxi...

D'ici deux ans, les pompiers prévoient d'installer un réseau d'alerte commun avec l'Italie et la Suisse. D'ici là, aussi, la téléphonie satellite " grand public (?) " sera en place. Une redondance nécessaire : les secours ont besoin d'un réseau qu'ils maîtrisent et sécurisent pour éviter ce qui est arrivé en mai 98 aux USA. Un satellite américain a dérivé contraignant les hôpitaux et médecins utilisant les " pagers " à revoir en catastrophe leurs procédures d'urgences...

"Pour mon prochain noël, c'est donc une radio que tu m'offriras, Maman..."

Et bien non !

L'accès à chacun des réseaux privés est soumis à autorisations payantes et pratiquement réservé aux seuls professionnels (guides, refuges, bergers, ...). Ceux-ci en plus d'une licence et d'un abonnement annuel, doivent s'équiper de radios homologuées lourdes et coûteuses, qu'ils n'utilisent que rarement pour leur secours personnel.

Le piratage est aléatoire et sa rareté semble en être la preuve. Les postes Andorrans (si, si ...) ne permettent pas d'activer les relais, et ne supposent qu'une utilisation par appels directs. Cette solution est peut-être envisageable l'été grâce à la population présente dans le massif et qui peut faire relais, mais est beaucoup plus délicate l'hiver et dans tous les cas interdite par la loi.

La Suisse, par son canal E (161.300 Mhz) permet une utilisation libre et, pour les étrangers que nous sommes, par des postes non homologués... De quoi rester songeur !

Notons, que cette centrale d'alarme Rega recommande l'utilisation de leur fréquence " si aucun appareil téléphonique n'est à disposition, y compris Natel ". Réga a une couverture très importante, mais en plus le réseau de téléphonie mobile Natel arrose d'après sa publicité " la totalité du territoire " que l'on traduira par toutes les vallées habitées, ce qui n'est déjà pas si mal pour ce pays de montagne.

Alors, radio ou portable ? Aujourd'hui, les professionnels sont unanimes : Radio homologuée ! "Mais c'est uniquement pour les pros, Maman !"

Et demain ?

Je me rappelle une discussion avec un vieux berger suisse à qui je demandais ses prévisions météo : " Mon bon Monsieur, il y a 20 ans, j'aurais pu vous dire, mais maintenant, avec tous ce qu'ils envoient dans le ciel... ".

Assurément !

2001 sera l'année de Sky Station. Non, Maman, il ne s'agit pas de la création d'une nouvelle station de ski mais de l'utilisation de ballons contenant 50000 m3 d'hélium comme antenne géostationnaire. Ils seront maintenus à 21000 mètres, dans la stratosphère, grâce à des moteurs solaires contrecarrant des vents allants jusqu'à 100 km/h. La couverture alpine est encore inconnue car ces dirigeables, d'une technologie délicate, sont prévus pour ne desservir que les grandes villes sur une zone de 1000 km de diamètre.

Folie intéressante (surtout en terme de coût) mais devancée par le satellite.

Eux, pour permettre une utilisation en téléphonie mobile, ne doivent pas, non plus, être trop éloignés de nos oreilles. Les satellites géostationnaires de l'équateur sont inutilisables, aussi on envoie des engins tourner à basse altitude (entre 700 et 1500 km, comme des électrons autour d'un noyau, merci pour l'image !). Résultat au lieu d'une valise et de 4 satellites, un terminal à peine plus lourd qu'un GSM actuel suffira (env. 450 gr). Le soir, au bivouac, nous compteront, désormais, les centaines de satellites de 700 kilos tournoyant dans l'espace.

Pauvre berger, pauvres moutons !

Adieu valise, bonjour Iridium, Globalstar et autre Teledesic's, Odyssey et Immarsat-P (ces 2 derniers en orbites moyennes).

Dés l'an prochain, nous pourrons communiquer de n'importe quel point du globe dans des conditions parfois meilleures qu'un coup de portable de la Tour Eiffel.

Enfin vous peut-être, car moi j'ai des doutes. Bouygues Telecom qui sera l'opérateur d'Iridium et France Telecom celui de Globalstar visent d'abord une clientèle professionnelle (la même qui utilise actuellement la radio, estimée à 5% des mobiles actuels). Le coût des communications de 6 à 10 francs la minute et les terminaux de 6000 à 18000 francs vont certainement refroidir ma très chère mère.

Mais pour combien de temps ? Motorola, entre autres, qui a initié Iridium proposera un terminal bi-fonction limitant grandement les coûts de communications. Il utilisera deux cassettes : l'une terrestre, en zone couverte par le GSM, l'autre satellitaire, avec, comble de confort, un numéro commun...

Les premiers tests de France Telecom se déroulent en Auvergne.

A la lecture de cet article, je suis persuadé que ma Maman va prendre des actions dans un des systèmes et que pour mon prochain anniversaire elle m'équipe : " Tiens mon fils, ça ma coûté cher (elle me dit toujours ça) mais maintenant, quand tu partiras, en cas d'accident, tu pourras m'appeler ! ".

C'est ça le progrès, dans 6 mois, depuis le fond de votre crevasse, vous n'aurez qu'à attendre qu'un satellite vous survole, et 30 minutes plus tard, votre mère rapplique en hélico...

A paraître : " Ma mère, le 4ème élément ".

* : Le GSM (Global System for Mobile) est une norme européenne basée sur la technologie numérique : moins de parasite pour une meilleure qualité d'écoute et une confidentialité accrue. La norme GSM est adoptée par une centaine de pays.

 

Vos témoignages

Je ne sais pas si c'est votre cas, mais pour ma part je me sens agressé tous les jours par le déluge de publicité pour les téléphones portables.

Enfin, ça c'était avant de commencer mon enquête. Maintenant, je le sais. Je ne suis pas le seul, et j'ai même la forte sensation que la population alpine est globalement résistante. Les témoignages sont éloquents : " Je ne suis pas un fan du téléphone portable. Quand j'en croise un dans la rue, j'en souris, en me disant " quel con, celui-là, avec son portable, en train de gueuler bien fort pour que tout le monde sache bien qu'il téléphone " ".

" Sortir un portable au sommet du Mont Blanc pour appeler, recroquevillé dos au vent le téléphone glissé sous le passe montagne, son ami Jean-Louis et sept autres personnes, sans même profiter de ce qui s'offre devant soi, est la chose la plus ridicule qui m'ai été donné de voir en montagne... "

" Pour moi c'est une perte de liberté "

Il y a même des résistants qui cherche des armes pour agir dans la clandestinité : " Je cherche un appareil qui empêche les portables GSM de recevoir/émettre leur appel sur un rayon de X mètres. Connaissez-vous un magasin qui vend ca ? "

Et des pro-portables des plaines, extrémistes des cimes : " Je trouve plutôt étrange le besoin d'emmener son portable dans la montagne, si l'on part dans une perspective d'aventure et d'évasion. Il peut servir en cas de "pepin", bien que ceux-ci ne devraient pas se produire si l'on est assez responsable et bien forme aux dangers de la montagne. Il ne peut donc servir qu'à ceux qu'on n'aime pas rencontrer en montagne parce qu'ils courent des risques pour eux et pour les autres : Les débutants et les touristes ! De plus les antennes polluent les montagnes et le portable n'apporte aucune sécurité supplémentaire pour des touristes qui ne savent pas où ils sont...C'est donc un gadget puéril pour des citadins en mal de "civilisation" qui feraient mieux de rester chez eux ... Bref, des portables, je tolère, mais PAS DANS LA MONTAGNE !!! "

Mais la majorité aurait plutôt tendance à vouloir se séparer de ce cordon ombilical avec la société : " Cette technologie transforme complètement l'engagement d'une course et donc sa valeur (refus d'accepter le risque, aseptisation des terrains d'aventure...). Par ailleurs, si l'on cherche à s'élever au-dessus des médiocrités de notre bas monde, pourquoi chercher à l'emporter avec nous grâce à ce portable ? Le portable est un outil de transport de l'information. Or en montagne, c'est justement l'isolement, l'éloignement de la civilisation, l'écart des informations futiles que certains vont chercher. Je ne souhaite pas que ma relation avec la nature et avec mes camarades de cordée puisse être perturbée par l'intrusion d'informations parasites venues du bas. Je ne critique pas la technologie en soi . D'autres technologies diminuent, c'est vrai, la difficulté de la montagne (goretex, spits, téléphériques...) Mais ce qui est fondamentalement différent avec celle-ci, c'est qu'elle nous rattache à un monde qu'on cherche à fuir... Quant à l'engagement, que devient-il si a la moindre entorse, au moindre rhume je peux téléphoner a l'helico ? "

Tous ces commentaires sont antérieurs à l'accident :" La vue d'une personne avec un portable dans la rue me hérisse, mais... ", car après il y a un " mais " ! :

" ...J'ai accompagné des randonneurs dans Belledonne, et l'un d'eux s'est cassé la jambe dans une chute. L'endroit était en forêt, dense, à 1h30 de marche des autos. L'un des randonneurs avait un portable, que j'ai utilisé ( c'était la première fois!).Cela a permis de contacter les secours, puis de guider l'hélico qui n'arrivait pas à nous localiser, exactement au-dessus de nous. En moins d'une heure la blessée était à l'hôpital. Le lendemain je me suis renseigné sur les possibilités de cet engin, et j'envisage sérieusement d'en acheter un. Je suis par ailleurs parapentiste, et avait la radio habituelle. Elle ne servait à rien car les secours ont des radios connectées sur des relais que nous ne pouvons pas contacter "

" Cela s'est passé au mois de mars 98, alors que nous faisions une balade en ski de randonnée dans le contrefort Sud de Massif des Ecrins mon époux et moi. En cours d'ascension, nous apercevons un petit groupe de trois personnes engagé dans la descente lorsqu'une des personne fait une chute en virant. La personne ne se relève pas et nous décidons d'accélérer notre montée pour éventuellement porter secours. Quelques minutes plus tard, nous accostons le groupe et effectivement, une femme d'une cinquantaine d'années était blessée. Son genou ne pouvait plus bouger...J'ai pensé à une fracture (je suis kiné) des plateaux tibiaux. Son frère s'apprêtait à descendre dans la vallée afin d'appeler les secours. Evaluation de la descente et de la venue des secours : Environ 2 heures au mieux, car la personne aurait pris des risques pour se dépêcher avec risque de suraccident! Par chance, mon portable passait (Itinéris) et en faisant le 18, les pompiers m'ont répondu aussitôt et ont transféré l' appel sur le PGHM de Briançon. L'hélicoptère, déjà en mission sur la frontière italienne, s'est posé auprès de nous quelques 45 minutes plus tard! "

L'accident, l'argument choc qui fait réfléchir : " Vous vous dites sûrement : S'il n'aime pas çà dans la rue, il doit encore moins l'aimer en montagne, où le calme et l'isolement sont un point fort du lieu et une motivation pour beaucoup d'y venir se balader. Oui, c'est vrai, mais attention. A partir du moment où un téléphone peut sauver une vie, je ne vois pas en quoi cela diffère de n'importe quel autre ustensile de secours, du Recco à l'Arva, en passant par pelle, sonde ou balises de détresse. "

Les pros, quant à eux, sont franchement favorables :

Cela facilite la logistique dans une très grande proportion. " (Opérateur du Centre National de Transmission de la Croix-Rouge Française)

" Incontestablement, le portable est un grand progrès " Bernard Marsigny-Departement de Médecine et Traumatologie de Montagne-Hopital de Chamonix

Et puis il y a les pro-mobiles :

"  j'utilise régulièrement mon portable lors de mes randonnées en Suisse (réseau SWISSCOM). Il n'y a aucun problème de signal. Le portable est un instrument idéal pour les gens qui se rendent seul en montagne. Il ne faut pas cependant faire n'importe quoi sous prétexte que l'on peut demander de l'aide si la virée tourne mal, mais s'il faut aviser d'un retard ou d'une nuit passée dans une cabane, ça peut éviter de lancer des secours faute de nouvelles. "

" Depuis 2 ans j'ai mon GSM au fond du sac. Eteint bien sur. J'ai constaté d'énormes progrès quant aux réseaux et on ne capte pas trop mal autour du Mt Blanc. Je l'utilise en fait comme une assurance supplémentaire, qui donc en temps normal ne sert à rien. Et puis c'est pas mal de prévenir qu'on est sorti que tout va bien et que la p'tite famille peut être rassurée. Mais à chaque fois que j'appelle, j'ai beaucoup de regards noirs lancés par les autres qui n'y voient qu'un apport de frime et pas le simple outil de conversation à éteindre après usage. "

" Le téléphone mobile permet de partir seul, sans prévenir personne, et peut servir pour augmenter la sécurité. Il permet aussi de passer des coups de fil "normaux". "

Ils semblent que les VTTistes sont plus accros, serait ce lié à une meilleure couverture des zones de loisirs ? : .. Je prends toujours mon portable (débranché) avec moi. En cas de crevaison (sic), problème technique, gamelle immense, je peux toujours appeler quelqu'un pour me rapatrier "

" Mon épouse enceinte, j'ai malgré tout pu rouler en étant joignable. C'est un gage de liberté qui donne plus d'autonomie "

" Mon fils de 13 ans est fada de VTT lorsqu'il part seul je lui donne mon GSM comme cela en cas de problème il sonne. Cela lui est déjà arrivé à 25 km du domicile . Je ne crois pas que j'oserais le laisser partir seul en VTT sans GSM. "

" Faire des boucles, je trouve ça frustrant. Ou bien elles sont trop courtes, ou bien trop longues. Donc je pars plutôt au hasard et dans une direction, et quand je n'en peux plus, j'appelle mon adorable épouse qui vient me chercher. Donc plus de frustrations ! "

Le juste milieu, ne saurait-ce pas Jean-Claude qui l'aurait trouvé ?

"  En zone habitée et couverte le portable permet une pratique solitaire ou en groupe plus autonome. On se libére des contraintes horaires liées au rendez-vous et la sécurité y gagne.

Les limites et problèmes :

bulletSécurité souvent non assurée, par manque de couverture en zones inhabitées
bulletPrix et coût d'usage trop élevé pour une sécurité insuffisante...

C'est une économie importante de temps et d'énergie. Mais c'est bien notre société ça, on veut le plaisir sans les contraintes, le beurre et l'argent du beurre. Le moindre effort contraignant ne va t'il pas imposer le coup de fil ? Et je passe sous silence les conversations domestiques qu'on subit.

Mon souhait: L'équivalent d'un "pager" ultra-leger, antichoc et étanche qui pourrait transmettre une quarantaine de caractères dans les deux sens, par satellite et n'importe ou, éventuellement capable de servir de balise de détresse. Avec abonnement gratuit et juste une facturation a l'usage. Donc pouvant se prêter et servir dans les clubs facilement "

 

 

Conseils pour une meilleure pratique de la téléphonie cellulaire

Secours

bulletInformations à fournir aux services de secours : La course effectuée, votre situation sur l'itinéraire, l'altitude et les éléments proches aisément identifiable d'un hélicoptère.
bulletLorsque vous êtes témoins d'un accident et que vous appelez les secours, restez sur place. Les sauveteurs ont souvent besoin d'un complément d'information (localisation finale entre autres). Si vous vous déplacez vous risquez de ne plus être joignable et d'être accusé de non assistance à personne en danger. Cela a été le cas d'un témoin d'une chute dans un ravin. Les pompiers ont été averti en direct, mais par manque de renseignements; l'accidenté n'a été retrouvé que le lendemain par un autre promeneur : il était mort...
bulletLe 112 est le numéro d'urgence européen (souvent confondu avec le 12 ou interprété comme un numéro de secours à la programmation du mini ordinateur qui vous fait office de téléphone !). En montagne, il est préférable d'appeler directement les secours en montagne, aussi, vous pouvez programmer son numéro avant la course.
bulletSi vous partez à l'étranger assurez-vous que votre abonnement prévoit des accords de Roaming (?). Si ce n'est pas le cas vous pourrez tout de même utiliser le 112 (sur la fréquence de votre téléphone 1800 ou 900)
bulletItinéris et SFR utilise la fréquence de 900 Mhz, Bouygues 1800 Mhz. Conséquence, si vous n'avez qu'un téléphone mono-fréquence, cas général, vous pourrez téléphoner sur le 112 d'un Itinéris vers un réseau SFR ou vis versa, mais ce sera impossible avec un Bouygues. Bientôt, pour éviter les problèmes de saturation les opérateurs vont utiliser les deux fréquences, mais cela supposera de s'équiper d'un poste bi-bande...

Couverture

bulletPour une utilisation montagne et si l'on ne tient pas compte des coûts de communications et de forfaits, la couverture est l'élément majeur qui justifiera le choix d'un opérateur. Toutes les autres options ne sont que des éléments de confort que l'on retrouvera pratiquement chez tous les opérateurs..
bulletAttention aux couleurs des zones de couvertures, les portables hors véhicules ne sont utilisables que sur les zones les plus petites...
bulletTous les 2 watts n'ont pas la même sensibilité à percevoir un signal et ce n'est pas forcément le prix qui fait la différence.
bulletFaire des essais de couverture depuis le sommet c'est bien, mais les accidents arrivent rarement au sommet, aussi, méfiance
bulletPréférez un appareil disposant d'une antenne télescopique. Lorsque vous êtes en limite de couverture, cas fréquent en montagne, ce critère peut faire la différence. De plus, un meilleur signal diminue la consommation des batteries. Plus l'antenne est grande, meilleure sera la réception.
bulletPointez l'antenne vers le haut et évitez les obstacles les plus proches : votre épaule, le sac, un rocher, ...
bulletLe fait de toucher l'antenne perturbe la communication et altère le signal
bulletComme nous, le signal n'aime pas la pluie et les orages, même si votre appareil est dans une pochette étanche...
bulletLorsque la qualité de réception est limite, évitez de vous déplacer. Vous risqueriez de perdre le signal.
bulletRenseignez-vous sur la couverture de votre zone d'habitation. Même si vous prévoyez d'utiliser votre portable en dehors, il serait regrettable de ne pas pouvoir l'utiliser dans votre vie de tous les jours.
bulletL'autonomie annoncée par les constructeurs sera largement différente lors d'une utilisation critique et par temps froid !
bulletATTENTION, il arrive que les terminaux annoncent la présence d'un signal alors que le simple fait de passer en communication suffit à le perdre !
bulletSi vous avez vérifié que le signal passe au sommet, il est peut être intéressant d'y retourner pour avertir les secours...

Services

bulletLa compatibilité de la carte SIM entre les packs n'est pas évidente. Renseignez-vous si vous pensez utiliser plusieurs appareils.
bulletLes numéros spéciaux ne sont pas toujours compris dans les forfaits. Selon votre formule, les appels aux répondeurs météo montagne ou nivologie peuvent être compté au prix fort...
bulletIl est possible de s'équiper chez des Sociétés de Commercialisation et de Services (c'est à dire les sociétés intermédiaires entre vous et les opérateurs : Carrefour, etc.). Elles ont l'avantage de vous offrir la possibilité de passer d'un opérateur à l'autre et offre les mêmes prix de communication. Par contre, elles se rémunèrent sur les services annexes (facturation détaillée, etc.)
bulletPour éviter les problèmes de saturation les opérateurs vont bientôt utiliser deux types de bandes, alors qu'ils n'en utilisaient qu'une actuellement : 900 ou 1800 Mhz. Pour utiliser les deux fréquences, un téléphone bi-bande est nécessaire., Cependant, on peut espérer que les problèmes de saturation en montagne ne sont pas pour tout de suite.
bulletIl existe des sacs étanches, mais aussi, pour les super accros, des kits mains libres pour piétons composés d'une oreillette et d'un petit micro...
bulletIl est tentant d'acheter un pack à 300 francs pour récupérer l'appareil qui coûte 1300 F et l'utiliser avec un autre abonnement moins onéreux. Les téléphones utilisent des cartes SIM qui contiennent les données correspondant à votre abonnement. Non seulement les packs supposent des périodes minimum d'abonnement, mais en plus les appareils fournis sont verrouillés (par un code de Sim-blocage) ce qui ne permet pas d'utiliser une autre carte que celle du pack...
 

Copyright : Jean-Pierre Tauvron