|
•
|
|
|
La Belle Étoile coté face
Je n'ai pas eu le temps de dire bonjour, et il fallait déjà que je me présente. Qui suis-je ?. Difficile de répondre. Je venais de rentrer dans cette salle de cantine d'école où allait se dérouler la seconde réunion d'organisation de la course de la Belle Etoile 97. Que voulait savoir ce grand mec qui m'interrogeait ?. Voulait-il connaître mes qualités de skieur de randonnée, d'alpiniste, mes compétences dans une matière susceptible d'intéresser l'organisation ?. Non, rien de tout ça !. Il voulait simplement savoir si j'étais du coin, et d'où exactement. Le régionalisme est il encore ancré même dans des organisations nationales voire internationales ?. Pourquoi pas, et tant mieux même, cela fait sans doute partie de ces petits plus qui font qu'une compétition de ski alpinisme, c'est d'abord du ski alpinisme et, après, de la compétition. L'examen d'entrée réussi de justesse (je suis " du coin " depuis peu), je me rendis rapidement compte que de toute façon ils n'avaient besoin de personne. La course de la Belle Etoile existe depuis ??? et est une machine bien rodée. Pourtant tout semble remis en cause chaque année. L'itinéraire tout d'abord, les 2500 m de dénivelé était cette année réduit à 1700, la date ensuite, la course avait la réputation d'être la première de la saison, alors qu'elle se déroula en mars, les conditions d'inscriptions aussi, ce Dimanche là, c'est en individuel qu'ils courreront ... Mais tout ça c'est bien peu de chose. Le haut de l'Iceberg en quelque sorte. J'allais découvrir toute la machinerie interne. Les réunions s'enchaînent de plus en plus rapidement jusqu'au briefing final la veille de la course, et avec chaque fois de nouveaux et de plus nombreux acteurs. Les têtes d'affiches sont ici, Jean-Pierre Gayet et Volodia Shashahani. Deux caractères tellement différents qu'ils sont fait pour se compléter. C'est la station des Sept Laux qui organise la compétition. Le grand mec m'ayant fait passer l'examen se révèle être un personnage attachant. C'est le directeur de l'office du tourisme : Un optimisme à faire skier des grenoblois sous la pluie. Avec lui, tout est possible, et même si son approche des problèmes me semble brouillonne, il s'avère d'une efficacité joyeuse, qui fait que l'on ne peut que lui pardonner les petits " couacs " inhérents à toute organisation. Il n'y a plus de Tee-Short, juré, promis, il les fera parvenir, il y a 15 personnes de plus au repas la veille au soir, c'est pas grave, on se serrera... Volo, pour les intimes, est lui, l'homme du terrain. Il semble avoir tellement parcouru celui ci, que seuls quelques bergers autochtones comprennent le tracé exact de l'itinéraire sans cartes ni photos. Pendant que Jean-Pierre s'enflamme, sur le beau temps qu'il fera, sur les télés qui viendront, Volo lui, se tait, en fait, il réfléchit... Au fil des réunions je commence à découvrir le nombre et l'importance des seconds rôles. La particularité d'une telle entreprise est le cumul des difficultés à résoudre pour une même épreuve. Une course de ski alpinisme, c'est comme une grande course cycliste, avec ces problèmes de temps de passages, d'intendance, etc, généralement bien suffisant à gérer mais, avec en plus la nécessité de créer la route, et d'en assurer la sécurité dans un milieu qui peu rapidement devenir hostile. C'est clair, pour une course de ski alpinisme, il faut du monde sur le terrain. Alors, on fait appel à l'armée. Cette corporation apporte d'énormes avantages. Imaginez un peu, le 27ème RCS, dont il s'agit ici, fournit ses hommes, ses compétiteurs et son matériel. Même si le niveau technique de certains appelés est parfois un peu léger en terrain très alpin (vous avez déjà essayé de skier dans du 35° avec les pataugasses qui leur font office de chaussures de ski), ils s'avèrent très pratiques et dévoués pour les tâches ménagères du type creuser les plates formes pour les aires de dépotage (qui c'est qui va creuser après 2002 ?). De plus, ils paraissent aimer ça (c'est peut être mieux que la caserne ?). Pour ce qui est des compétiteurs militaires, il faut bien avouer qu'ils tiennent une place à part. Le contenu, donc le poids de leur sac n'est certainement pas étranger au fait qu'ils n'apparaissent pas en tête de classement. C'est par une ovation attendrie que les concurrents civils féliciteront ces gaillards faisant le garde à vous avant d'embrasser la belle hôtesse remettant les prix. Troisième avantage de poids qu'apporte le 27ème : les radios, éléments clés de la course. Sans elle, j'ai l'impression qu'il n'y aurait pas de course possible. Ce n'est pas moins de 50 radios, soit une pleine cantine métallique qui seront mise à disposition. Canal 5 : le PC (les chefs quoi), canal 8 : le pointage, canal 3 : l'intendance, Canal 1 : les secours. Certains auront jusqu'à 3 radios en permanence sur eux durant la course... Et puis, il y a Willy. Il est lui aussi militaire, seulement sous-officier, mais bizarrement, tout le monde semble lui porter une attention particulière. Tout le monde cherche à faire copain copain avec lui. Ca tombe bien, Willy est sympa, très sympa !. Mais qu'est ce qui justifie cet empressement autour de lui ?. En fait c'est une sorte d'invité d'honneur de l'organisation 97, le petit plus qui fait qu'on se souviendra de cette année là. Car Willy pilote " Willy ", un ULM jaune qui permettra à la presse, des prises de vues aériennes. Une bonne partie des réunions sera consacrée à localiser le lieu le plus adéquat pour tracer une piste de décollage au coeur de la station. Les pisteurs feront tout pour permettre ce petit événement en station, et même si la piste est un peu mouvementée, " Willy " sera en place le jour J. Parlons en des pisteurs. L'itinéraire 97, bien que présentants trois passages alpins se déroule au deux tiers au coeur de la station. Ce sera donc eux qui assureront la sécurité à partir des " points hauts " accessibles par les remontées. Simple en apparence, sauf qu'un dimanche et avec une autre course sur le domaine il va falloir être vigilant. En prime, le préfet, annonce qu'il ne peut pas fournir de gendarme de haute montagne pour le secteur hors station. Ca se corse. La dernière réunion est tendue, Jean-Pierre est évidement optimiste, on prend un toubib et des vieux pisteurs, et on les colle au col de l'Evêque. Volo : - Et le matos : matelas coquille, brancard, oxygène ? Jean -Pierre : - Ce n'est pas un problème, on envoit, le matin, l'hélico de la sécurité civile !. Paul, il revient du pole : - Et s'il fait mauvais ? En fait, le jour de la course, il fera grand beau. La sécu après 5 passages de repérage fera un stationnaire au-dessus de Jacky pour larguer ce matériel. Il faut avoir été pisteur pour se laisser envahir par le souffle de l'hélico sans perdre son sang froid. A midi, Manu, chef de secteur Evêque appellera le canal 5 : " On fait quoi du matériel ? ". Il faudra le redescendre. Dur, dur le ski avec le kit oxygène dans le dos. Il n'y a pas eu de bobo, mais tout avait été prévu, et évidement, même les avalanches. Deux mois avant la course, Hubert le chef pisteur avait déjà effectué un profil de battage dans les endroits délicats de l'itinéraire : c'était déjà OK. J-30 j : second profil, avec sortie sur le terrain d'un responsable de météo France de Grenoble : c'est super stable J-5 : Benoit, et les pisteurs feront péter les corniches : là, c'est encore plus OK. Quatre jours avant la course, la réunion météo sera annulée, motif : il fera beau!. Et l'itinéraire dans tous ça ?. Je venais à ces réunions pour entendre parler terrain, passage dans la combe, descente de couloir , traversée d'arrête, ski de randonnée quoi, mais je suis surpris. L'itinéraire, c'est Volo et ce n'est pas un problème, alors on parle d'autre chose. Quoi que ! Les problèmes ne sont pas ceux auxquels on pense !. D'abord il ne faut pas dépasser les 1700 m. de dénivelé car, la semaine qui suivait, c'était la Pierra Menta. Pas évident de se limiter, c'est vite fait 100 m de plus sur une carte. En plus il y a la presse. Et la presse prend des images de la compétition, il faut donc prévoir un bon éclairage de l'arrivée, et surtout que le fond ne soit pas la Chartreuse concurrente d'en face. Pour finir, Volo veut une arrivée skating, mais, où ?. Entre, les pistes de ski alpins, de fond, et la piste ULM, il faut viser juste. On y arrive quand même, et c'est sûr que les concurrents se souviendront de ce final que beaucoup finiront les skis sur le sac, trop crevés pour skater... Le vrai tracé, sur le terrain s'entend, commence 3 jours avant la course. 4 guides logent sur place au Pleynet pour figer l'itinéraire et installer les cordes fixes... Cette année là, on ne parle pas trop d'un itinéraire de replis, la météo est vraiment super bonne... J-3 : la piste ULM est damée, Willy a installé 3 surfs en guise de train d'atterro. Des fenêtres ont été découpées pour laisser passer les roues lors du décollage vallée. Mais ça coince. A partir de 11 heure, la neige est trop transformée et l'oiseau reste planté. Son pilote a prévu une pompe pour dégonfler et regonfler les roues à sa guise, mais l'embout ne passe pas dans la jante. Pas facile de trouver une autre pompe à vélo dans le coin. Willy dormira au sommet des pistes avec son joujou, pour éviter d'éventuels brouillards de vallée le jour de la course. Samedi matin, 9 heure, tout le monde est là, 1er et seconds rôles, mais aussi les précieux figurants. Les militaires débarquent avec 4 camions et une moto neige. Il faut préparer toute l'intendance et faire la trace. Les cinq secteurs se repartissent sous les ordres de leurs chefs. On double les traces de montée pour permettre les dépassements, on pose les jalons, on aplanit les passages de conversions délicats, on creuse les aires de dépotages. Samedi 18 h 30 Col de l'Evêque, canal 5 : " Le repas sera servis dans 30 mn ". Il faut descendre. Les appelés sont contents d'être là. Il fait bon, la neige est bonne et pas encore labourée. Le soleil se couche à l'horizon. En bas, une équipe de contrôleur fait le niveau en antigel (entretien préventif !). Le briefing a lieu après le souper : " A quelle heure vient la personne pour le assurer le parking ? ", etc... La télé et la presse sont déjà là, ils dormiront sur place. 23 heure, fin du briefing (c'est tôt cette année) C'est le secteur 1 qui part le plus tôt, levée 4 h (c'est tard cette année). Le télésiège de Roche Noire emporte dans la nuit les 13 personnes. Manu a du mal à trouver des volontaires pour assurer les contrôles du bas. Tout le monde aimerait être sur la belle arête du col. L'ambiance est sympa. Le toubib : " Moi, je fume sinon j'irais trop vite, je serais obligé de faire la course ". Contrairement aux compétiteurs, presque tous sortis du même moule, les volontaires sont divers. Jeunes, vieux, aux allures différentes se côtoient. Il manque peut-être de filles, il n'y en a que deux sur le terrain, que les chefs de secteur s'arrachent. Hélène est pisteuse à Gresse en Vercors, une étrangère. Au col, Manu a taillé des vergnes pour tenter de remplacer le stylo du pointage, oublié en vallée. 8h30, coups de feu, ça y est , c'est parti. Même d'en haut on voit que ça va vite, c'est marrant ces fourmis à la queue leu leu. Et puis ça s'enchaîne, les mêmes mots, les mêmes gestes répétés 111 fois " Descente, couloir de droite ", " ski sur le sac, crampons obligatoires ", ... 2 heures huit minutes après le départ, Pierre Gignoux passe la ligne d'arrivée. Volo avait prévu 2 heures 20, ce sera le temps du troisième. Les derniers vont mettre un peu plus du double, Volo le savait. 15 heure : Repas et remise des prix. Les filles de l'office du tourisme sont elles aussi debout depuis 4 heure. Les concurrents ont chacun le tableau des résultats, l'informatique et la photocopieuse ont tourné plein pot, alors qu'il faisait si beau dehors. On fait remplir des questionnaires critiques sur l'épreuve, pour faire encore mieux la prochaine fois, et on prépare déjà les courbes avec temps de passage qui seront envoyées à chacun. Il y a plus de lots que de concurrents. La répartition par tirage au sort me laisse perplexe. Le gagnant catégorie junior est à coté de moi. Il cri " pour les jeunes ", mais non, la deuxième paire de ski sera elle aussi tirée au sort, elle aurait pu être gagné par un concurrent hors temps... Volo fait un petit discours, il pense déjà à l'année prochaine, il parle de saut de barres rocheuses, de départ à 22 heures. Tout le monde rigole, mais non, il semble sérieux. 19 heure 08, je suis chez moi, crevé, le reportage dure une poignée de seconde à la télé... .... 15 jours après la course, on faisait le point. Les chiffres du sondage sont décortiqués. Ils sont plutôt très bons. Les concurrents ont apprécié la course, il y avait beaucoup de nouveaux, la nourriture était bonne, etc... Jean-Pierre est content. Volo, lui, étudi les souhaits des concurrents : le dénivelé qu'on aimerait effectuer, le fait d'être en individuel ou non, le caractère alpin demandé, etc... Déjà, commençait à surgir le tracé de l'édition 98. Elle tiendra compte des doléances des concurrents et, certainement, de petits plus que personne n'a osé demander...
|
|
|