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L'Auvergne en peignoir
Verticalroc Les pieds meurtris, assis, presque allongé, mes paupières commencent à …Dring ! Depuis longtemps mon téléphone ne fait plus ce son, mais je n'imagine pas transcrire sa ridicule mélodie. Il existe des urgences que l'on devrait savoir refuser, des bras tendus qu'il ne faudrait pas attraper. Écrire l'Auvergne, interviewé des personnalités, vite, très vite, alors que le monde est encore si doux sur ma terrasse ensoleillée… De mon périple en Auvergne, j'ai conservé un stock d'agréables pensées et quelques potes bouffeur de potée. Par le plus grand des hasards, il se trouve que j'en ai un à la maison. On rentre de "la montagne", il sort de la douche. Vite, mon interview : Alpiniste auvergnat, tu te moques de qui? Georges*, drapé d'un coquet peignoir rayé, ne semble pas surpris de mon subit intérêt. Tel un footballeur après son match, il répond à mes questions :
Un éclair traverse ma mémoire, je crois y voir des gouttes ruisselant sur une dalle devenue glissante.
Il me semble que le téléphérique du Mont-Dore était un des premiers *, mais question grimpe les locaux étaient-ils tout aussi précurseurs ? * 1936
Pas franchement un auvergnat…
A part toi qui es connu dans tout ton quartier avec ton "6a à vue si c'est pas trop loin du clou", quels sont les vrais "alpinistes auvergnats" ? Georges sourit puis se gratte sous son peignoir
Quelques stars qui brillent, pour combien qui gravite dans l'ombre ?
Georges part s'habiller, il me semble que c'est plus sérieux pour cet entretien. Je sors des diapositives du coin. Clic-clac, souvenirs…
Georges revient, une tartine de chocolat à la main. J'en connais un qui plombé, surplombé même, va se prendre des plombs dans les surplombs ! Que penses-tu possibilités du relief ? Georges, marque quelque temps d'arrêt entre chaque bouchée :
Et le rocher, évidemment un bon vieux calcaire des familles ?
Nous jetons un œil sur mon encyclopédie. Il y est question de necks, de dykes* et d'autres noms barbares. Avant et après la dernière éruption volcanique, il y a 5800 ans, la nature a beaucoup bossé, faisant naître des formes surprenantes.
*La Dent de la Rancune, par exemple, correspond à un filon de lave qui a été dégagé et mis en relief par l'érosion. Vous grimpez sur un Dyke. Les Necks sont aussi des falaises mises à jour par l'érosion, mais lors de son refroidissement, la lave s'est rétractée en se solidifiant. Comme une marre de boue qui se dessèche au soleil, des fissures polygonales l'ont découpé en prisme sur toute son épaisseur, créant des colonnes comparables à celles d'un orgue. Clic, je projette mes photos contre un mur blanc.
Les souvenirs resurgissent. L'angoisse d'une première ascension, au niveau du pas de la voie normale (6a), là même où tout le monde vol sur un clou qui paraissait si douteux. Les histoires des locaux qui bivouaquait au sommet en mangeant des champignons hallucinogènes, le rituel de la source en début de vallée où l'on se doit d'apprécier son eau ferrugineuse, le panneau "chute de pierre" qui fut hissé au sommet. Les plus belles longueurs décorent la face Sud, d'"objectif lune"6a+/6b+/7a+ à la "bobo"6b/5+/5, en passant par "suicide mode d'emploi"7a/6a+. Les trois autres faces se grimpent aussi, avec une particularité pour la face Nord. "Austère et envoûtante", on peut y grimper sous la pluie et en artif. Autant dire que la Rancune a tout pour elle. Site magnifique, rocher parfais, équipement excellent. S'il n'y a qu'un tour a faire en Auvergne, c'est bien par elle qu'il faut passer. Mais attention, elle ne se donne pas facilement. En dessous du 6b, la visite finit bien vite… Le projecteur ronronne. Georges sait écouter son corps, il attaque une deuxième tartine. Clic.
La Crête de Coq est la très proche voisine de la Dent de la Rancune. Plus couché, seule sa face Sud se grimpe. Je ne saurais pas dire pourquoi, mais j'aime bien aller grimper les petites voies du carré blanc. Il faut deux longueurs faciles pour atteindre cette mini dalle renfoncée. Rien d'extraordinaire, sauf peut être la vue et la sérénité dégagée par le lieu. Clic, clic… Les photos s'enchaînent. J'essaye de les trier par région. Nous continuons sur le massif du Sancy. Deux au Verrou, une au Capucin.
Il faut aller au Capucin un jour d'été, pas trop tôt le matin. Y grimper, apprécier la Sancéite (roche volcanique très compacte), sentir le vent frais sur ces dalles un peu froides, s'y réchauffer sur ses vires. La journée se doit de finir par une truffade au Bougnat. 12000 calories par passage, mais si délectable. Le patron est un copain, il grimpe plus mais a fait les 400 coups sur les sites du coin. Fondu enchaîné sur le Rivalet puis série de clichés à Châteauneuf. On rigole.
A cette simple vue, je sais que derrière lui on entend des enfants qui jouent dans le petit bois, la Sioule qui s'écoule tranquillement et parfois le bruit de quelques pagaies qui s'entrechoquent contre les canoës. Claire nous rejoint. Elle revient du mur. A 15 ans 1/2 elle "compétitionne" et hésite pour la prochaine rentrée à s'inscrire dans une section sport-étude, spécialité escalade, évidemment… Je l'interroge.
Elle cite "Marsupilami"(5+), "La vallée des Cobras" (6b)
Avec Georges qui cherche une bonne raison pour attaquer une troisième tartine, nous reprenons notre tour d'Auvergne en diapo. Direction plein Nord.
C'est drôle, mais je me rends compte d'une similitude dans de nombreux sites auvergnats : l'eau n'est jamais très loin. J'essaye de les compter, Georges, énumère les autres. Commence un dialogue de sourd. Il craque. Ca y est, il a trouvé une bonne raison pour se bâfrer d'une troisième tartine.
Georges exulte. OK, un point pour lui. Pas de rivière à proximité mais plutôt une plaine suspecte pour ces contrées vallonnées. Un champ de bloc y a été semé par une déesse amoureuse de Julien Clerc "…Assez de ces machins pointus, de tout ce qui blesse, de tout ce qui tue…". Georges réclame une photo des seins de Sophie Marceau. Clic.
Je me souviens d'un jour de grimpe dans les gorges du Bès. Un jour, où nous n'avons pas ressenti, comme à l'habitude, le soleil frôler nos muscles tendus. Un énorme chien blanc réclamait notre aide, bloqué, exténué au fond des gorges. La petite communauté de grimpeur a arrêté son activité. Il a fallu l'encorder, l'endormir, le porter avec les pompiers. Ensuite, après plusieurs heures, fiers de notre B.A., nous avons repris la routine de nos errements verticaux. Pourquoi restes-tu en Auvergne ?
Mais alors, pourquoi viens-tu si souvent squatter à la maison ?
Une bien belle école, aux reflets verts, férocement verts. Peut être qu'un jour de brouillard elle vous fera penser à l'Ecosse. Ce jour, là, si d'aventure vous croisez un fantôme virevoltant dans une verticalité, saluez-le. Denis* a enseigné dans cette école.
* Denis Collangettes a eu un accident mortel l'an dernier dans cette fameuse cour de récréation. Fin du texte. Encadré :
Stéphane Julien, 22 ans, n'est pas du genre à se bourrer de tartine au chocolat. 3ème au classement général du Tour Roc Challenge en 98 (1er à deux étapes), 3ème aux Extremes Games de San Francisco et 7ème à la Coupe du Monde de 99, son palmarès est dur à digérer. 8a à vue en falaise, il avoue ne pas aimer travailler les voies. Face à l'alternative grimper en bloc ou grimper en falaise, il n'hésite pas, il choisit la falaise. Georges, à son tour, l'a interrogé.
Tes sites préférés ?
Tes voies préférées ?
Les sites actuellement à la mode chez monsieur haut niveau ?
Les voies les plus dures en Auvergne ?
A quoi faut-il s'attendre pour l'avenir ?
Qui fait bouger le haut niveau, quelles sont les figures montantes ?
Quels attraits trouves-tu à la région ?
En conclusion ?
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